Agriculture et agriculture biologique : sols en culture, émissions de N2O et transition agroécologique

Date de parution : octobre 2023

Domaine(s) d’intervention : Sols et engrais verts

Catégorie(s) de publication : 2. Synthèses et vulgarisation

Article paru dans la revue Climatoscope, 2021, No 3

Le secteur de l’agriculture est un important émetteur de gaz à effet de serre (GES). Il est possible de réduire les
émissions de ce secteur grâce, entre autres, à une meilleure gestion des sols en culture. L’agriculture en mode
biologique présente un fort potentiel de réduction des émissions de GES, notamment car l’utilisation d’engrais
azotés de synthèse est interdite. Des travaux de recherche visent à documenter et comparer différents
itinéraires agronomiques en grandes cultures biologiques en regard de leurs émissions de GES. Dans cet
article, ces aspects seront sommairement présentés.

Il est reconnu, et personne ne le conteste, que les rendements en mode biologique sont souvent plus faibles que ceux en mode conventionnel. Les centaines d’études qui comparent les deux modes arrivent globalement aux mêmes conclusions : les impacts environnementaux du mode biologique, dont les émissions de GES, sont généralement moindres sur une base d’unités de surface (Sautereau et Benoit, 2016; Skinner et al., 2019) et cette diminution est beaucoup moins évidente sur une base d’unités de rendement (Clark et Tilman, 2017). Cette question de plus faibles rendements a récemment fait l’objet de quelques débats au Québec. L’agronome Louis Robert a bien résumé ceux-ci dans un article d’opinion2.

Se nourrir est le premier besoin des humains. La demande mondiale actuelle et future en aliments pourrait être satisfaite si les diètes étaient composées de moins de viandes et de plus de végétaux (céréales et légumes), si les pertes et gaspillages d’aliments étaient réduits et si les aliments étaient distribués de manière plus équitable. Il s’agit d’objectifs ambitieux et leurs réalisations sont parsemées d’embûches. Notons également que 1,9 milliard d’adultes étaient en surpoids ou obèses en 2014 selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le moment est propice à une transition écologique de notre système alimentaire complexe et mondialisé, mais des intérêts économiques importants sont en jeu. L’agriculture conventionnelle n’est pas nécessairement une catastrophe alors que l’agriculture biologique n’est pas la solution miracle bien qu’elle puisse grandement contribuer à réduire les impacts environnementaux associés à la production d’aliments (Barbieri et al., 2021).

Mais, au Québec, l’alternance maïs-grain et soya avec une forte utilisation d’engrais et pesticides de synthèse sans l’intégration de pratiques agroécologiques n’est pas un système de production durable. Un changement majeur ne sera possible qu’avec des politiques concertées selon l’intérêt public et soutenues par les populations et les organisations paragouvernementales (Mundler, 2020). La transition agroécologique de l’agriculture, dont le mode biologique, se met en place graduellement. Toutefois, considérant la forte contribution de l’agriculture aux émissions de GES, celle-ci devra s’effectuer plus rapidement face à l’urgence climatique.

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Chercheur(s)

Gilles Gagné

Gilles Gagné

Agronome, M.Sc.

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